Réflexions sur l'érotisation de la violence

Réponse à FRAICHES : dire qu’on peut “guérir” du viol par la prostitution, c’est grave

23 mai 2019

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Pourquoi la prostitution « soulage-t-elle » les victimes de trauma ?

En ce mois de mai 2019, vous avez choisi de mettre en ligne une vidéo de Caroline, qui explique son parcours de reconstruction après avoir subi un terrible viol collectif. Elle y explique comment la prostitution l’a supposément « aidée à se reconstruire ». Chose sur laquelle vous insistez d’ailleurs dans votre présentation Facebook « Caroline Doléans raconte pourquoi elle est devenue escorte afin de reprendre possession de son corps ». 

Caroline, avec une sincérité désarmante, explique la manière dont elle a été amenée à la prostitution par un viol. Elle explique avoir commencé à se prostituer 2 mois après son viol, juste avant de dire que c’est arrivé « totalement par hasard ». Par hasard ?

La rentrée en prostitution n’est évidemment en rien un hasard.

Tout d’abord, parce que son récit montre à quel point les prédateurs savent repérer les femmes traumatisées : il a suffit qu’elle se promène devant une boite de nuit pour qu’un « client » repère sa vulnérabilité et la prenne pour cible !
Ensuite, parce que la reconstitution des violences subies est une conséquence bien connue des expériences traumatiques. Le fait de revivre des effractions et expériences traumatiques a pour but de déclencher des hormones apaisantes dans le cerveau qui viennent pour un temps soulager les victimes. Ce phénomène a été bien expliqué par la psychiatre Muriel Salmona, spécialistes des violences sexuelles, ce que nous détaillons dans cet article.
En bref, le besoin de soulager les angoisses pousse les victimes à des conduites dissociantes qui peuvent les mettre en grand danger, mais le soulagement que ça leur apporte est nécessaire. Ce pourquoi Caroline explique qu’elle avait « besoin » de se prostituer.
Mais il y a beaucoup d’autres méthodes qui permettent de soulager une femme victime d’angoisses traumatiques ! A commencer par la thérapie, qui a le mérite de ne pas obliger une victime à se mettre en danger (de mort, de nouveaux traumatismes physiques et psychiques, et de maladies graves) et qui n’offre pas un terrain de chasse aux agresseurs.
Ce que nous avons perçu dans le témoignage de Caroline, est qu’elle a vécu des symptômes traumatiques tout à fait courants et que nous sommes nombreuses à avoir vécus dans ce collectif.
– Le sensation d’inéluctabilité de la violence et de la dégradation qu’ont de nombreuses victimes de viol « [me prostituer] était une fatalité », car l’effraction sexuelle vient engrainer l’idée que l’on n’est plus bonne qu’à une chose
– la dissociation corporelle et émotionnelle, visible lorsqu’elle raconte à quel point « louer son corps était une formalité »
– la prise de drogues et d’alcool, nécessaire à supporter tant les traumas du viol que ceux de la prostitution. Rappelez-nous quel autre « métier » demande à s’anesthésier pour pouvoir supporter de l’exercer ? Esther peut d’ailleurs bien vous parler de ce cercle vicieux :

Mon premier compagnon m’a violée de très nombreuses fois. J’acceptais toutes les pratiques, même les pires et douloureuses pour moi-même. Quand j’ai réussi à le quitter, j’ai fini par tomber dans l’alcool. Des études supérieures et une brillante carrière n’ont pas compensé une absence de suivi psychologique correct, et puis ma santé s’est subitement empirée à cause d’une maladie. J’ai fini par perdre mon travail, et dans le même temps, j’ai expérimenté de nombreux viols après des sorties festives. Je ne les compte même plus. Saoule trop souvent, j’étais abusée en permanence, persuadée que c’était ma faute de toute façon. Alors j’en ai eu assez. Et « tout naturellement » je me suis dit que pour regagner le contrôle de mon corps et de ma sexualité et finir les viols… j’allais me prostituer. Aujourd’hui j’en ris tellement cette idée m’apparaît comme stupide. Mais j’y ai cru. Tout mon vécu d’enfant incesté et de femme violée m’y avait préparée. Je me disais que, quitte à devoir être violée toute ma vie, autant choisir par qui, et surtout gagner ma vie et pouvoir payer mes frais de santé. Je suis donc devenue « Escort » – le truc facile en deux minutes sur Internet. En cinq minutes j’avais déjà dix demandes. Des vieux hommes, blancs, très laids. J’avais envie de vomir, mais je me suis forcée à choisir les moins moches, et à y aller. C’était horrible. Ils étaient si fiers de m’avoir à leur bras. J’ai découvert que c’était presque pire que d’être violée – enfin ça c’était toujours la suite de toute manière – mais vu qu’ils avaient payé, je ne pouvais rien dire. Alors j’ai subi. Et empoché l’argent … avec lequel évidemment j’ai été acheter de l’alcool. Superbe cercle vicieux. –Esther

Comment la prostitution offre une illusion de contrôle et de force

Dans votre vidéo, Caroline explique le sentiment de “contrôle” qu’elle a pu éprouver lors de la prostitution. C’est un phénomène bien connu parmi les prostituées :

Moi, je me souviens qu’après avoir une fois de plus “ouvert mon coeur” à un mec abusif, je me suis dit « vous n’aurez plus jamais le reste, et en plus vous devrez payer pour avoir mon cul ». Ce principe de « prenez mon corps, vous n’aurez plus jamais le reste », je voyais ça comme une preuve de ma force. – Laureen

Moi, ce que je kiffais, c’était d’arriver à faire croire à ces pauvres types que je les trouvais désirables ou que j’étais attachée à eux, alors qu’en réalité je n’éprouvais que de la répulsion et du mépris pour ces gros porcs. J’arrivais à leur faire croire ça, et je me sentais forte. Ils me traitaient comme de la merde, mais je me disais que c’était moi qui avait le pouvoir, au fond. Je me disais que pour une fois c’était moi qui avais le pouvoir sur les sentiments. – Virginie

Y’a une part de moi où je me sentais forte d’être capable de me détacher et d’endurer le fait de trouver mes partenaires moches ou de ne pas les désirer. C’est bizarre, mais y’a une espèce de fierté à te dire que rien peut te casser ou te « salir ». Le fait d’être capable de sortir de mon corps, je voyais ça comme une force : j’en parlais avec mes amis soldats, qui m’avaient dit qu’ils étaient capables de faire la même chose pour faire la guerre, et on appelait ça « nos armures mentales ». En fait j’allais au pieu comme à la guerre. Je me sentais héroïque. – Hava

Mais être “capable” de se détacher de son corps et de ne plus accéder à ses émotions, ce n’est pas une force ! C’est un symptôme traumatique, qu’acquièrent notamment les victimes de torture.

Quand Caroline explique que grâce à la prostitution elle “décidait où, quand, comment”, elle ne faisait que décider dans quel cadre elle subirait de la violence.
Comment peut-on appeler ça de l’empowerment ???
Quand Caroline décide “où, quand et comment” elle subira des actes sexuels non-désirés, il est vrai qu’elle reconquiert son consentement. Mais quand elle décrit son quotidien de l’époque, elle précise bien qu’elle couche avec son client “s’il en a envie” : son envie à elle ne rentre absolument pas dans l’équation.
C’est parce que jamais la prostitution ne permet de reconquérir son désir. Or actuellement, nous femmes, nous battons pour un monde où notre désir sexuel soit un pré-requis aux rapports sexuels.

Une de nos amies, qui milite au STRASS, nous a dit que la prostitution l’aidait car, après toutes les violences qu’elle avait subies dans l’enfance, elle avait si peu d’estime pour elle-même que c’était pour elle un petit miracle que des hommes veuille bien la payer pour la baiser. Que si on lui donnait 50 balles pour une passe, ça voulait dire qu’elle ne valait pas RIEN.
Réalisez-vous le degré de tristesse d’une telle déclaration ?
Il est totalement logique de penser que si on doit avoir mal en utilisant notre corps pour du sexe, autant qu’on en retire autre chose. Sauf que le viol et la violence, consentis ou non, ce n’est pas du sexe, c’est de la violence. Ce n’est pas normal que les hommes s’en servent contre les femmes, et ce n’est pas normal que des femmes se résolvent à essayer de tirer le meilleur parti de ce qu’elles considèrent comme une fatalité. Obtenir une compensation monétaire pour des abus sexuels ne pourra jamais apporter que quelques concessions individuelles très limitées dans le temps, tandis que notre collaboration à notre propre objectivation ne fait que renforcer la validité et la normalisation de la vente et des violences sur toutes les femmes.

Le fameux « mal-être » des clients

Dans la vidéo, il y a une autre rhétorique familière que nous avons entendue : celle qui met en parallèle les souffrances des personnes en situation de prostitution et le supposé “mal-être” des clients.
Il n’est pas rare d’entendre des travailleuses du sexe comme Caroline parler des clients comme elle le fait, les plaindre pour leur malheurs, et leur être reconnaissante quand “ils la traitent correctement”.
La réalité, c’est que les clients sont des connards.
Dans le meilleur des cas, ils ne se soucient pas du désir, des émotions et des souffrances des personnes qu’ils emploient pour satisfaire leurs besoins ; et dans le pire des cas ils jouissent de leurs destructions, flirtant avec la sociopathie.
Il suffit pour s’en assurer de faire un tour sur les sites de “commentaires” de clients (merveilles du monde ultralibéral où les dominants vont “évaluer la marchandise”) :

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Et pourtant nous pouvons toutes attester de notre incapacité à voir leur malveillance à l’époque où nous étions victimes de violences :

A un moment, je faisais du blogging « sex-positif », et j’ai été contactée par un mec qui est venu me gratter l’empathie en m’expliquant qu’il était puceau à 30 ans passés, et qu’il n’arrivait pas à connecter avec les gens. Et en gros, au fur et à mesure des discussions, le mec s’est mis à m’expliquer qu’il était psychopathe, et moi j’étais en mode « le pauvre, il devrait aller voir un psy mais il a trop peur ». Je n’avais aucune notion de ma propre sécurité, de mes propres limites ! Evidemment ça a fini avec le mec qui m’a stalké, qui s’est débrouillé pour obtenir mon adresse, et qui m’a fait du chantage pendant des mois.
En fait je ne compte plus les fois où j’ai eu de la peine pour mes agresseurs !
Je me rappelle qu’une fois un client m’avait dit qu’il était « courageux de laisser entrer une inconnue chez lui ». Et moi, je m’étais dit « ben oui, c’est vrai ça ! » : son inversion de qui était en danger avait totalement marché sur moi.  
En y réfléchissant, je pense que la pire inversion que j’ai entendue, c’est un mec qui se plaignait d’avoir mal à la main lorsqu’il tapait ou fist-fuckait une femme « trop longtemps ». – Hava

Se rendre compte que les clients sont des sociopathes et traitent les femmes comme de la chair à canon, c’est évident quand on est extérieur à la situation, mais c’est un peu comme quand on voit une héroïne de films d’horreur : quand on est derrière l’écran, c’est facile de lui dire « mais cours bordel, il est derrière toi! », dans la réalité c’est souvent impossible de voir le danger quand on est dedans.

Soyons sérieuses : quand Caroline dit que les client sont des “hommes respectueux”, ils respectent quoi, au juste ?  Un homme qui respecte l’Autre en tant que personne ne désirerait pas avoir un rapport sexuel non désiré par son/sa partenaire.
Réalise-t-on à quel point des femmes qui pensent que cela est du respect sont à milles lieues de savoir ce qu’est le respect de l’Autre ? Qu’elles ont tellement fait face à des agresseurs qu’elles ne savent plus qu’il existe des hommes qui peuvent être non-violents et accorder de la valeur à l’Autre sans le fétichiser et l’assujettir par une relation de domination tarifée ?

Cette compassion envers les gens abusifs qui n’ont pas d’empathie, c’est caractéristique des personnes victimes de violences à répétition : on la retrouve d’ailleurs quasi-systématiquement dans les rapports des enfants maltraités à leurs parents (ce qui est le cas d’une énorme part des personnes qui atterrissent en prostitution) :

Je crois que le pire c’est avec mon père. Il a beau m’avoir violée quand j’étais toute petite, et m’avoir infligé des passages à tabac réguliers avec plusieurs fractures, et ben très souvent j’ai des bouffées de peine pour lui qui me prennent d’assaut. Le pire c’est que j’ai essayé de le « réparer » en lui faisant lire un livre sur les « Violences Éducatives Ordinaires », t’imagines ?Mais en fait, je pense que c’est juste un schéma ultra répandu : ils nous déglinguent et on essaie de les réparer – Laureen

Quel message transmettons-nous aux violeurs lorsqu’on dit que les femmes violées peuvent se « reconstruire » en se prostituant?

Votre vidéo est faite pour nous mettre en empathie avec Caroline, et c’est normal de l’être : elle est une survivante, qui a fait comme elle a pu pour survivre à un crime atroce, et tenter de se reconstruire. Nous, dans ce collectif, avons toutes été victimes de viols, et nous sentons très proches de cette femme.
Cependant, cette mise en empathie a pour but de nous amener à « ne pas juger » les méthodes individuelles employées pour une reconstruction psychique, et cette injonction à ne pas juger est très dangereuse, car elle entraîne dans son sillage une incitation à ne pas juger l’acte en lui-même, y compris ses perpétrateurs. En focalisant la lunette sur le non-jugement de la victime, vous incitez à ne pas juger les coupables, les hommes qui profitent de la vulnérabilité de personnes traumatisées.

Parce qu’admettons que la prostitution permette réellement à certaines femmes de se faire du bien en se « réappropriant » leurs corps, de manière temporaire ou pas, mais merde, quel message ce raisonnement envoie-t-il aux agresseurs ???
« Finalement le viol c’est pas si grave, on peut s’en remettre par la prostitution » ?
« Violez des femmes, ça fera davantage de traumatisées à abuser » ?
« Quand vous recourrez à la prostitution, vous faites une bonne action en permettant à une victime de se reconstruire » ?

On rejoint ici les mots de Despentes, qui déclarait dans King Kong Theory que « le viol fabrique les meilleures putes » – déjà, faudra nous expliquer ce que tout le monde trouve d’aussi formidable à cette idée – mais surtout le viol, ça fabrique aussi des anorexiques, des toxicos, des suicidaires.
Alors oui, vous prenez la précaution d’ajouter dans votre vidéo que la prostitution « pour se reconstruire » n’est pas un conseil qui est applicable à toutes les femmes violées. Mais alors, lesquelles ? Les plus vulnérables ? Les plus dissociées ?
Quand une femme violée entend que « ce n’est pas un processus qui convient à tout le monde », que doit-elle faire ? Essayer pour voir ?
Comme une petite roulette russe de femme traumatisée ? « soit ça t’aidera à « reprendre le pouvoir » soit tu en seras deux fois plus traumatisée : SURPRISE! » ?
Car des personnes qui ont essayé la prostitution et que ça a davantage démolies, il y en a des paquets.

Je n’ai pas tenu longtemps… Je ne sais pas comment un moment j’ai dit stop. Ça a hurlé en moi. Que c’était atroce, que je n’étais pas à vendre, que c’était tout sauf de la sexualité… car je n’existais même pas. Comment une pratique où on est morte à l’intérieur pourrait-elle être positive pour soi ? Empowerment ? N’importe quoi.
J’ai fini encore plus dégoutée de moi-même…honteuse. J’ai tout stoppé. Quand j’entends aujourd’hui le discours du STRASS, j’ai envie de vomir. Et je pleure en silence pour toutes les personnes prostituées qui pensent faire de l’empowerment en se tuant en réalité. – Esther

Enfin, admettons que, même pour un moment, la prostitution puisse « aider » certaines victimes de viol, qu’en est-il des hommes qui profitent de ce mal-être pour satisfaire leurs jouissances ? Avoir du sexe sur quelqu’un sans qu’il le désire, c’est immoral et illégal. Même si on le paye.
Même si une personne allait suffisamment mal pour demander à être mutilée, ce serait tout de même immoral et illégal qu’un sadique en profite pour jouir en la mutilant. Et bien pour le viol, c’est pareil.

En fait quand j’entends les passés des personnes en situation de prostitution (viols, incestes, agressions etc) je me dis “mais COMMENT des mecs peuvent-ils être assez monstrueux pour profiter de ces traumatismes pour se vider les couilles?” J’ai beau le savoir, ça continue à m’étonner. – Hava

La rétribution du viol comme seul horizon de réparation ?

Dans votre vidéo, Caroline nous dit « J’avais l’impression que les hommes me devaient quelque chose ». Oui. Les hommes et la société dans son ensemble lui doivent, nous doivent, quelque chose. Le respect, la reconnaissance de la violence que nous avons vécue, la justice, l’écoute, la prise en charge des traumatismes, les moyens financiers de la reconstruction, la prévention des violences futures.
Mais croire qu’on a du pouvoir sur les hommes quand ils sortent un portefeuille pour nous posséder, nous utiliser, est un leurre. Un leurre dont on revient souvent en se sentant coupable, amochée physiquement et psychiquement. Quand on en revient en vie.
Alors au final, tout ce que votre vidéo montre, c’est à quel point le viol est utile à créer des personnes en souffrance qui vont avoir des conduites autodestructrices, pour mieux satisfaire les désirs des prédateurs.

On est tellement persuadées qu’il n’y a que ça, que le viol est notre seul horizon. Donc quitte à être violées autant les faire payer. Mais moi je ne veux plus que les femmes soient violées. Je veux qu’elles sachent qu’on peut vivre dans un monde où le viol n’est pas posté à tous les coins de rues, de lits, de revues. Je veux qu’elles puissent y croire. Parce que certes, la prostitution ne m’a probablement pas plus abîmée que les autres viols, mais pas moins non plus. Et certainement pas réparée.
Je veux que les femmes cessent de croire qu’elles ne peuvent être qu’abimées.
Je veux qu’on arrête de nous boucher les oreilles et les artères avec des mensonges qui ne servent que les intérêts des hommes.
Je ne veux plus qu’aucune de nous ait à se prendre une bite dans le cul pour ne plus avoir le ventre vide et/ou pour se donner l’illusion d’avoir des miettes de contrôle.
Je ne veux plus les laisser nous faire croire que le corps d’une femme lui appartient davantage quand il y a quelques billets entre elle et le dégoût que lui inspire l’homme dont elle suce la bite, parce que ça serait notre fonction et implacable destin.
Je ne veux plus être leur marionnette.
Je ne veux plus les laisser rien mettre qui me dégoûte dans la bouche, que ce soit leur queue ou leurs mensonges sur l’empowerment.
Je veux couper les ficelles entre ces ventriloques pervers et notre autodétermination.

Je veux être de celles qui ne les laissent plus nous faire croire ça, nous faire ça. – Laureen